06.01.2007
Les anniversaires ou commémorations, comme on voudra.
Le fait de ressortir de l'oubli (ou du moins redonner vigueur) un événement ou un personnage car l'année fait un compte rond avec la date où il a eu lieu ou une date de naissance ou de mort, est peut-être un peu convenu, mais n'a pas que des aspects négatifs.
Il y a cinquante ans, le jour de Noël, Robert Walser, s'écroulait dans la neige, terrassé par une crise cardiaque.
Robert qui ? Oui, Robert Walser n'était pas des plus connus en France. Il était Suisse de langue allemande. Il vécut à Berlin puis revint dans son pays. Il fut interné quelques années, ce qui est assez fréquent dans ce pays quand on est artiste (cf : Soutter). La Suisse a rendu hommage à cet écrivain, cette année, à l'occasion des cinquante ans de son ultime chute dans la neige. Édité par les éditions Zoé, le Seuil a lancé en septembre ce titre "Retour dans la neige" avec la mauvaise idée d'ajouter en "bandeau" une phrase creuse de Philippe Delerm. J'en avais entendu parlé ici et là, mais aussi, ici. Donc, charmée par ce que j'avais entendu jusque là, j'ai attaqué par l'achat modeste du Point Seuil (5,5€), question d'approcher l'auteur. Je dois dire que je prends un certain plaisir à la lecture de de ces nouvelles qui décrivent les petits riens du quotidien. Je vous en livre un extrait :
...les soi-disant livres "pour enfants". Ces livres sont une insolence ! Comment ? On ose donner à des enfants des livres qui ne dépassent pas leur horizon ? Il ne faut pas parler un langage d'enfant aux enfants; c'est infantile. Moi qui suis aussi une enfant, je déteste les enfantillages.
Que les éditeurs-jeunesse prennent des notes !
Autre anniversaire : En 2007, René Char aurait eu 100 ans. De nombreuses manifestations se mettent en place. Le ciné-club de ma bourgade voudrait aussi lui rendre hommage. Hier, nous avons lancé des pistes. Pour ce qui est des conférenciers, ce n'est pas le problème. Nous avons sous la main les amis du poète, témoins de ses dernières années. Mais, pour illustrer avec des films le propos, nous cherchons dans diverses directions. D'abord, nous cherchons le seul film qu'il ait réalisé "Le soleil des eaux". Où et comment se le procurer ? Ensuite, nous avons l'idée de projeter un film sur la résistance en Provence. Y en a-t-il ? Jusque là, pas de réponse. La dernière solution évoquée est celle du surréalisme.
Toutes les idées sont bonnes à prendre. N'hésitez pas.
09:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note




Commentaires
Walser a été traduit très tôt en France (je le lis moi-même depuis des années); "L'Institut Benjamenta", "La rose", etc. Disons qu'il n'est pas plus connu chez nous que Réda ou autres poètes…
Gallimard "Du monde entier" avait d'ailleurs sorti en novembre 2005 le formidable "Petits textes poétiques" qui, malgré une presse abondante, n'a sans doute pas dû faire 2000 exemplaires.
Quant à son internement, chère Caro, n'accable point trop la Suisse qui embastillerait, à te croire, tous ses artistes (il y aurait dès lors bien du souci à se faire pour l'avenir du poète Jean-Philippe Smet!); non, c'est à sa demande-même que Walser a été interné.
Bon, dans tout ça je retiens qu'enfin Walser suscite quelque intérêt chez nous et m'en voilà tout réjoui.
Ps: France culture lui a d'ailleurs consacré une série d'émissions toute la semaine dernière; passionnant.
Écrit par : P.A.G | 06.01.2007
A propos de livres "pour enfants", je voudrais évoquer ici "Le monde sans les enfants et autres histoires" de Philippe Claudel, très joliment illustré par Pierre Koppe.
A qui sont-elles destinées ces histoires ? Aux enfants, qui changent et grandissent si vite ? Ou aux adultes, qui aiment aussi qu'on leur raconte des histoires ? Et dont certains ont malheureusement oublié qu'eux-même furent des enfants.
Au fil des pages on croise des fées maladroites, des chasseurs de cauchemars, des petites filles qui aimeraient inventer un vaccin pour rendre les gens heureux ...
Avec la pudeur et le talent qui le caractérisent Philippe Claudel aborde ici des sujets aussi difficiles que la guerre, la mort, la maltraitance, la différence et perpétue à sa manière le rôle des contes de fées, exutoires des angoisses enfantines.
J'ai lu certaines de ces histoires à mes élèves. Un petit garçon m'a très joliment dit : "Moi quand je serai grand et que j'aurais des enfants, je n'oublierais jamais que j'ai été petit et que j'ai fait des "conneries".
Écrit par : Frederika | 06.01.2007
À PAG = Je sais que Walser a été interné à sa demande mais je trouve curieux qu'on trouve refuge dans un asile psychiatrique. C'est une démarche qui ne serait peut-être pas française.
Merci de parler des émission de France-Culture pour lesquelles j'ai mis les liens dans le texte.
Je ne connaissais pas Walser avant qu'on n'en parle abondamment à la radio. Cet engouement fait suite à l'année Walser décrétée en Suisse. D'où l'utilité des commémorations. J'ai fait une découverte.
À Frédérika = Je trouve souvent la littérature-jeunesse assommante et donneuse de leçons. La guerre, la mort et tutti quanti sont les sujets de pas mal de bouquins. Pour dégoûter le gosses de la lecture... on ne s'y prendrait pas autrement. La lecture-plaisir est une notion qui ne s'applique pas aux enfants si on en croit l'EN et les éditeurs. Si la littérature pour "adultes" (que je n'aime pas ces compartiments !) était faite sur le même schéma, je crois que j'aurais renoncé à lire depuis longtemps. Il n'y aurait pas Proust... et tous les autres, pas de romans (sinon Les Bienveillantes !) sans message politco-socio-philosophico-historic-culturel. Triste.
Écrit par : Caroline | 06.01.2007
Permets-moi de n'être pas tout à fait d'accord avec toi Caro.
Il en va de la littérature jeunesse comme de la littérature tout court si je puis dire (d'ailleurs le livre de Claudel est disponible chez les adultes).
Le choix est certes ardu parmi la multitude de livres édités, de qualité très inégale, mais on trouve tout de même des oeuvres, qui offertes en lecture plaisir aux enfants ont chez eux un écho très important et dont ils nous reparlent longtemps après (je pense à des oeuvres aussi différentes que "Otto" de Tomi Ungerer ou "35 Kg d'espoir" d'Anna Gavalda, et à bien d'autres encore).
Il en va de même pour la poésie à laquelle ils sont également très sensibles.
Frédérika
Écrit par : Frederika | 06.01.2007
Ungerer ! Certes... Et quelques autres noms à citer. Je ne veux pas faire de liste ici. Ni de listes, non plus, des auteurs qui ont pignon sur rue et qui passent leur temps à faire, sous prétexte de littérature-jeunesse, des cours d'instruction civique. Et puis, moi, j'aime Claude Ponti, parce qu'il ne démontre rien aussi. Olivier Dozou... Et plein d'autres. Mais, ils sont arrivés à une autre époque, où on ne leur demandait pas d'être thérapeutiques (pardon, didactiques). Un Pierre Gripari n'irait pas très loin aujourd'hui et le non politiquement correct de "sorcière prends garde à ton derrière" ne passerait pas de nos jours.
Écrit par : Caroline | 06.01.2007
Et j'oubliai de dire que je ne ferai pas de commentaire sur Anna Gavalda.
Écrit par : Caroline | 06.01.2007
Je t'encourage vivement à continuer ta découverte de Walser, Caro, et je partage tout à fait l'avis de PAG. Il est aussi fort dans ses microgrammes que dans ses romans, pourtant d'une veine différente. Si tu es rêveuse, ils devraient te plaire...
Écrit par : Pascale | 06.01.2007
Pour la jeunesse, je partage assez l'avis de Caro: quelle chance aurait un Dhôtel aujourd'hui ? Aucune. Rares sont les auteurs qui font rêver aujourd'hui, il faut beaucoup cherché. J'aime beaucoup Ponti, Carl Norac, Mourlevat et bien d'autres dont personne ne parle car peu médiatisés.
Thierry Magnier m'a dit un jour ceci, pas dans ces termes mais l'idée y est (il édite pour la jeunesse et les adultes, et a décidé de ne plus noter pour les enfants "à partir de x ans" sur la 4e de couv): la littérature dite jeunesse doit être lue et aimée par les adultes.
Je lis beaucoup de litté jeunesse, c'est ma récré.
Écrit par : Pascale | 06.01.2007
J'ai découvert Walser avec Enrique Vila-Matas, dans le Mal de Montano... à lire et relire
Écrit par : virginie | 07.01.2007
Je cherchais des informations sur Walser ...Merci pour votre blog, vif, et très riche d'informations...de même ce lien sur Soutter : si vous en avez d'autres...je suis totalment éblouie.
Tout-à-fait d'accord avec vous sur cette lamentable phrase de Delerm. On se demande vraiment quel est le rapport avec Walser...Sans doute, comme toujours, un alibi commercial. On a besoin de choses fades, en France ! Le reste est sans doute insupportable pour les petits dépressifs du Faubourg Saint Germain !
Écrit par : Aurélia | 06.05.2007
merci Aurelia. Je suis recemment allée écouter une conférence sur Walser à Grignan. Il ya avait sa traductrice en français. Passionnant.
Écrit par : Caroline | 06.05.2007
Ce soir c'est curieux, je ne suis d'accord avec personne, en désaccord sur tout. Sauf que quand même Walser...!
(aprés le résultat du deuxième tour)
Écrit par : MR | 07.05.2007
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