05.05.2007
Les Carnets de Cuisine de Léa
Les Carnets de Cuisine de Léa, c'est le titre du livre qui sortira prochainement chez Cousu Main. Il s'agit de recettes recueilles par Léa Coulanges auprès de la communauté issue de l'immigration italienne du village d'Entraigues sur la Sorgue. Elles sont accompagnées de souvenirs et d'anecdotes.
Les illustrations ont été réalisées par Gilles Ribstein. Je présente ici un extrait du flip-book qui montre le geste de la mamma à l'oeuvre dans la pastaciutta et qui illustrera de façon originale l'ouvrage.
Autre façon de parler de ce geste, celle de Marc, dont je reproduis le texte ci-dessous.
Au commencement, il y avait la table
Il y eut une table, il y eut un matin
Sur la table du dimanche matin, invariablement, une montagne de poudre blanche recevait la chute étouffée de quelques soleils. Belle et pacifique image que ce mariage entre la neige et le feu. Mais une éternité fugace, car, comme tombées du ciel, les mains de ma mère s’abattaient sur cette idylle avec la détermination d’un démiurge décidé à remodeler le monde. La montagne et ses soleils déchus perdaient subitement leurs belles couleurs blanche et feu pour devenir une sorte de planète molle d’une couleur uniforme et indéfinissable. De temps à autre, ma mère interrompait sa frénétique besogne pour ajouter un peu de neige à ce qui restait de la montagne, comme pour refroidir l’ardeur de sa lutte, et reprenait tout aussitôt son combat sans concession avec la matière.
Lorsque celle-ci s’avouait vaincue (à quels signes mystérieux le voyait-elle ?) ma mère décidait d’une trêve, paraissait se désintéresser de son adversaire, lui tournait le dos. C’était pour empoigner un grand bâton de bois cylindrique. Puis, elle reprenait son œuvre à l’aide de cet instrument. La boule comprenait très vite qu’elle allait devoir abandonner un autre de ses attributs : son épaisseur. Sous l’effet du rouleau de bois, elle devenait une nappe circulaire qui s’étalait progressivement jusqu’aux confins de la table. Le mains et le bois passaient et repassaient sur cette nappe de plus en plus ténue, écrasée, enroulées, désenroulée. Et la magie opérait : imperceptiblement l’opacité initiale faisait place à la lumière, comme si les soleils enfuis renaissaient en une aurore au travers de la plage diaphane qu’était devenu la montagne.
Lorsque la lumière s’était suffisamment invitée dans cette matière transcendée, ma mère soulevait, pour en jauger la finesse, la nappe de pâte aussi ronde et transparente qu’une rosace de cathédrale. C’est alors qu’un dernier saupoudrage de neige, étalée par des mains enfin caressantes, achevait le rituel dominical.
09:50 Publié dans Cousu Main | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note





Commentaires
A rajouter sur l'étagère.
Mais que devient Léonce ?
Écrit par : La Fanchon | 06.05.2007
Elle va bien. Toujours de bonne histoires à raconter.
Écrit par : Caroline | 06.05.2007
Écrire un commentaire