19.02.2008

Une douce traversée du désir

932bc8e5a66364be865bef4ecfbfde31.jpg
"On a, je crois, les déserts que l'on mérite. On a aussi, parfois, ceux que l'on porte en soi et ceux que l'on fantasme et qui ont le pouvoir de nous réduire, de nous diminuer jusqu'au dérisoire, jusqu'à l'imperceptible, à l'anéantissement ou, au contraire, celui de nous agrandir, nous élever, nous sublimer, aux dimensions d'un infiniment grand intérieur, de plénitude et d'accomplissement."

Ainsi commence le livre de Patrick Mialon, Désir d'Aubrac (le Temps qu'il fait-2001)d54f8bae7b4c9098f8baf6dd5709f29d.jpg L'ai-je mérité, mon désert, autrement appelé Pays Doré sur ce blog par ses habitués ? Je ne sais pas. Mais, je sais qu'il m'est de plus en plus difficile de m'en séparer. Le manque d'abord, puis le Désir du Désert grandit jusqu'au retour prochain. "Nous grandir, nous sublimer..." comme l'écrit Patrick Mialon, je n'irai pas jusque là. Mais, j'y perçois la sensation d'une continuité avec les éléments de la nature, avec le rocher de granit, le fût du hêtre, la terre humide, le cristal de gel qui donne cette sensation rare d'être vivant.

Alors, le retour est d'autant plus difficile. Comment s'intéresser aux municipales à Neuilly, aux municipales ailleurs, ou dans mon bled ? Comment trouver de l'intérêt à tous ces sujets qui me cause habituellement de vifs énervements ? Ça reviendra, j'en suis sûre. C'est une sorte de jet lag dont on finit par se remettre. Je ne sais qu'écrire sur le blog, tant mes idées sont ailleurs. Dans quelques jours, les effets du désert seront estompés. Il ne restera que le désir.

10.02.2008

Sur la route...

8e9727502dbc389d0e258b920e1c1a98.jpg
Nos habitudes impliquent un certain ordre dans la succession des choses, une vague cohérence de l'Univers. Or, voici que la réalité se propose à moi changée, irréelle. Quand un homme se réveille ou meurt, il met un certain temps à se défaire des terreurs du rêve, des préoccupations et des manies de la vie. Il faut que je perde maintenant l'habitude d'avoir peur des ces gens.
Adolfo Bioy Casares (L'invention de Morel)

06.02.2008

le 6 février

J'ai une affection particulière pour le 6 février.
Plusieurs personnes de ma famille mais aussi des amis sont nés ce jour-là. 454a6945f42d2e95841d13f1075ec97e.jpg Parmi les gens que j'admire, il y a François Truffaut, né le 6 février 1932. À l'époque du magnétoscope, dans les années quatre-vingts, j'avais constitué une collection de ses films, jusqu'aux Mistons (court métrage de 1957 avec Bernadette Laffont et Gérard Blain) qui à l'époque n'était pas si connu que ça. J'ai élevé me enfants avec ses films ainsi que ceux de Demy et je crois que ça n'a pas altéré leur goût. Ma collection de VHS est remplacée par des DVD maintenant. Il n'y a plus les "plus" enregistrés à la télé, genre les publicités ou les actualités dûs à une programmation large du magnétoscope pour ne pas rater le début ou la fin du film. Ces "plus" ont vieilli, pas les films de Truffaut.
Autre coïncidence avec le 6 février, c'est avec celui de 1919, date de la mort de Jacques Vaché.e6f52b3263ff5ce5bd43997b6dbf5d46.jpg Cet "agraphe tragique" comme le qualifie Enrique Vila-Matas est entré dans l'histoire en mourant. André Breton ne se consolera jamais de la disparition de son ami et fera de lui un des plus grands écrivains surréalistes. Écrivain sans oeuvre. Ou presque.
Aux Editions Dilecta est sorti récemment un ouvrage intitulé Les solennels dont, en hommage à "l'écrivain sans oeuvre", je vais citer un extrait:

Il est vraiment dommage que Gilles soit né avec un tablier et un gilet rayé alternativement jaune et noir.
Il est intelligent un peu, égoïste beaucoup, hypocrite encore plus : il aurait fait un bon bourgeois.

Un bel article sur sa mort ici.
Évidemment, il y a eu bien d'autres événement marquant un 6 février (l'inauguration de JO de Grenoble, l'assassinat du préfet Erignac, la naissance de Christine Boutin...) mais de ceux-là, je m'en fous. Ce soir, on souffle les bougies.

03.02.2008

Un mauvais rapport (suite)

Il m'arrive de me demander pourquoi je ne vais pas dans le sens du flot. Certains disent que c'est à cause de mon mauvais caractère, d'autres parce que je suis trop compliquée, d'autres encore parce que je me la pète... Alors, quand j'ai écrit ce billet sur Le rapport de Brodeck, je me suis sentie un peu seule sur mon rocher. Et croyez-moi, il n'y avait pas de provocation dans cette critique à contre-courant, mais uniquement de l'incompréhension face à ce roman.
Ça y est, je ne suis plus seule (ou presque) puisque Michel Volkovitch dans page d'écriture n°53 parue sur son site le 1er février 2008, écrit ceci :

On m'a aussi recommandé Le rapport de Brodeck, roman de Philippe Claudel (Stock), l'un des succès de la rentrée. Un gros roman fort ambitieux, sur le thème de l'exclusion d'un étranger par le groupe. Dans un village du fin fond de l'Europe centrale germanophone, un visiteur trop distingué, trop excentrique finit massacré par les hommes du coin ; le seul innocent, l'intello du bourg, rescapé des camps où l'avait envoyé sa différence d'origine, est chargé de rédiger un rapport sur le meurtre et se trouve lui-même sournoisement mis au ban.

Cela me gêne de démolir ce pavé. Non vis-à-vis de l'auteur, couvert de gloire et d'argent et qui ne me lira pas, mais par égard pour les amis chers et sûrs qui me l'ont conseillé. Pour eux j'aurais voulu aimer ce livre, adroitement construit par vagues de retours en arrière subtilement amenés. On y trouve plusieurs scènes puissantes. On y voit planer, c'est vrai, l'ombre de Kafka. Mais Kafka en aurait fait un récit d'une centaine de pages d'une maigreur tendue, inquiétante. Claudel, lui, se laisse aller. Il se fourvoie gravement dans les scènes du camp, frisant le Grand-Guignol, qu'il aurait dû totalement couper. Surtout, il se perd dans les détails oiseux, les circonvolutions d'un style fleuri, alourdi d'adjectifs et de comparaisons perpétuelles.

«La nuit avait jeté son manteau sur le village comme un roulier sa cape sur les restes de braise d'un feu de chemin. Les maisons, avec leurs toits recouverts de longues écailles de bois de pin, laissaient échapper des fumées lentes et bleues et faisaient ainsi songer au dos rugueux de vieux animaux des époques fossiles.»

Deux lignes plus bas :

«...ces dernières journées de septembre avaient été chaudes comme des fours de boulanger. Je me souviens que j'ai regardé le ciel et que je me suis dit, à voir toutes les étoiles ainsi pressées les unes contre les autres, à la façon d'oisillons qui ont peur et qui recherchent compagnie, que bientôt nous plongerions d'un coup dans l'hiver. L'hiver, qui chez nous est long comme des siècles embrochés sur une grande épée etc.»

Après avoir cru dix fois abandonner, je suis tout de même arrivé au bout en zappant les fioritures et toute la mauvaise graisse de ce livre obèse. Épuisé comme le visiteur d'une expo de peintres pompiers saoulé par un tourbillon de couleurs brutales comme des claques sonnant ainsi que des coups de grosse caisse !!!

Ce travail appliqué, scolaire, a obtenu le Goncourt des lycéens à l'unanimité. Que dire ? Les lycéens ont déjà fait bien pire en attribuant, par exemple, leur Renaudot de 2005 à Festins secrets de Pierre Jourde...


Je dois préciser que, même si certains exemples pris ça et là dans le roman de Philippe Claudel sont les mêmes que ceux que j'ai choisis, Michel Volkowitch n'avait pas lu Tout à Fait Décousu avant d'écrire son article.
Mais, maintenant, je me sens moins seule sur mon rocher.

02.02.2008

Drôles d'époques...

« On s’y fait, aux époques. On se case, on se coule dans l’événement. On s’y laisse secouer, cahoter et ballotter comme au fond d’un wagon à vaches. Et puis, on finit par se résigner et par se taire. » C'est une citation de l'écrivain Georges Hyvernaud que fait Martine Laval au début d'un de ses articles sur son blog. Il faut dire que le Georges Hyvernaud en question en avait connu une "drôle" d'époque, durant laquelle la "drôle" de guerre l'avait conduit cinq ans en captivité. La résignation dont il parle est un mal pernicieux.

J'ai reçu un texte inédit de Pierre Autin-Grenier extrait d'un futur ouvrage qui s'intitulera : « C’est tous les jours comme ça (Les dernières notes d’Anthelme Bonnard) ». Il y est question aussi de résignation.
Bien sûr, il s'agit d'une fiction. Enfin, c'est ce qu'on se dit pour se rassurer...

63ec17878a5422649a235b586f2568ce.jpg

FORCES SPÉCIALES



Vrai, ça n’en finit plus. Depuis hier après-midi, sur le coup des cinq heures à ce qu’il me semble, trois unités des forces spéciales se sont rendues maître de la place et, en un tournemain, ont passé la camisole à tout le quartier sans ménagement aucun. C’est donc la deuxième fois en moins d’un mois que nous sommes soumis à ces manœuvres d’intimidation arrogantes et brutales et devons subir sans broncher les désagréments qui en résultent, comme si l’autorité ne pouvait s’exercer que sous la menace et par les craintes qu’elle suscite. Ainsi dès l’aube était-il impossible de faire plus de trois pas sur le boulevard sans devoir présenter à tout bout de champ ses papiers d’identité, livrets militaire et de famille compris, à ces badernes en treillis dont les rustres manières ne portent guère plus à la plaisanterie qu’un écroulement d’immeuble au beau milieu d’une rue piétonne. Dans ces conditions, aller seulement chercher son pain ou tenter de s’approcher d’une bouche de métro pour gagner le centre-ville tient du parcours du combattant, exige une sérieuse maîtrise de soi en même temps qu’un système nerveux à toute épreuve. Certains sont sur le point de craquer, c’est patent.
Midi n’a pas sonné qu’on commence déjà à trouver le temps long, l’atmosphère par trop étouffante. Les nez s’allongent et sur les trottoirs les rares passants requis par leurs obligations pressent l’allure; la mine renfrognée ils vont sans voir les blindés postés à chaque coin de rue non plus les molosses démuselés qui salivent au pied des uniformes. Si tout un chacun adopte un profil bas, on sent dans l’air qu’une sourde colère contre le pouvoir et ses agissements couve dans les esprits; bientôt ce bouillonnement de révolte et de désirs trop longtemps contenu débordera sans doute les forces d’oppression, peut-être pourra-t-on espérer des jours meilleurs alors. Pour l’heure tout le monde serre les poings et s’interroge en son for intérieur quant aux raisons qui auraient pu motiver un tel acharnement à notre encontre. Certes notre quartier reste rebelle et frondeur, de renommée comme de par son histoire, et s’est organisée ici, mieux que partout ailleurs, une solide résistance au régime avant même que ses instigateurs ne soient parvenus à leurs fins mais, que je sache, nulle escarmouche non plus la moindre anicroche n’est venue troubler l’ordre public depuis belle lurette et le quotidien offre toutes les apparences d’un lieu calme et tranquille où la population vit et s’active au rythme des réformes en parfaite harmonie avec le pouvoir central.
Que faire face à cette politique de pression et de chantage dont nous faisons les frais plus souvent qu’à notre tour, et combien de temps cela va-t-il durer encore ? On ne sait pas.




P.A.G

Cette "drôle" d'époque dont il est question dans ce très beau texte, est-elle passée, présente ou future ?

26.01.2008

La différence entre les pauvres et les riches selon Pessoa

Lu dans Un singulier regard de Pessoa :

LES PAUVRES me font pitié. Et les riches aussi. Les riches davantage, car ils sont plus malheureux. Un pauvre peut penser que, s'il cessait de l'être, il serait heureux. Le riche sait qu'il n'y a aucun moyen de l'être.

Un pauvre n'a qu'un seul souci, ou un seul souci majeur ; sa pauvreté. Un riche, n'ayant malheureusement pas ce souci, est obligé d'avoir tous les autres. Je n'ai jamais connu d'homme riche plus heureux qu'un homme pauvre ; à moins qu'on entende par bonheur ce qu'on peut acheter chez le tailleur ou le bijoutier, ou manger au restaurant.
Mais je ne crois pas que même ceux (...) aillent jusqu'à ce point de matérialisme historique.
Les pauvres sont heureux ; ils ont une illusiion et croient que ce sont le tailleur, le bijoutier, le patron de restaurant qui dispensent le bonheur. Ils le croient. Les riches, eux, sont des athées du tailleur.

22.01.2008

Un mauvais rapport

892926db0653b3a4c215abd083afea2b.jpgAu milieu d'un concert de louanges, je voudrais faire entendre ma voix, un peu détonnante, à propos du Rapport de Brodeck de Philippe Claudel. Une critique presque unanimement dithyrambique, quelques échos enthousiastes de lecteurs ont fait que lorsque le livre est passé devant moi, au café, où je retrouve régulièrement quelques amis, je l'ai intercepté, curieuse que j'étais de lire un chef d'oeuvre annoncé. La déception fut d'autant plus grande.

ae409f6bb03c7474ee7c901a3c308d7a.jpg
Le sujet ? Je ne vais pas m'y attaquer d'autres l'ont fait dans les Inrocks en particulier :
Tout le roman ressemble finalement à une pâle illustration des propos de Hannah Arendt. Alors pourquoi écrire ce type de livre en 2007 ? Peut-être parce que la Seconde Guerre mondiale, avec son lot d'horreurs et de culpabilité, reste encore un sujet fascinant, donc vendeur (voir le succès du Littell). La Shoah, un nouveau fonds de commerce ?



Moi, c'est le style qui m'a profondément énervée, ce style que Philippe Lançon de Libération appelle du Gothique Charpenté. Il a fait un florilège des images dont Philippe Claudel use et abuse :
Ça sent le choux, la modestie : une dictée faite sous la IIIe République, dans une classe mal chauffée. Les clichés populaires paysans sont essentiels. La petite église du village a des murs «larges comme l’envergure d’un aigle». La nuit «a jeté son manteau sur le village comme un roulier sa cape sur les restes de braise d’un feu de chemin». Le maire a «des mains larges comme des sabots de mule», pas du pape. Quant à l’hiver, il est «long comme des siècles embrochés sur une longue épée».



Agacée par les images sirupeuses de Philippe Claudel, j'ai voulu aussi les noter mais cela aurait considérablement ralenti la lecture dont je voulais me débarasser au plus vite. Cependant, pour la bonne bouche, je vais en citer quelques unes : Pour dire "c'était la nuit " il écrit :
C'était une belle nuit, froide et claire, une nuit qui d'ailleurs ne semblait pas vouloir se terminer, qui prenait plaisir à paresser dans son encre, à s'y tourner et retourner, comme on aime parfois demeurer au matin entre les draps empreints de chaleur.


ouf !
0595b5cfde2f60bebe3e72c8e0e495c4.jpg

Visiblement, la nuit l'inspire (p 177) :
Les étoiles avaient sorti leurs parures d'argent.

Celle-là il fallait la faire !
Il continue :
En levant la tête et en les regardant, j'eus l'impression de plonger dans une mer tout à la fois sombre et étincelante dont les fonds d'encre étaient ornés d'innombrables perles claires.

Chez P. Claudel, la nuit et l'encre vont bien ensemble !
Toujours dans le registre de la nuit (p 20):
Je me souviens que j'ai regardé le ciel et que je me suis dit, à voir toutes ces étoiles ainsi pressées les unes contre le autres, à la façon d'oisillons qui ont peur et qui cherchent compagnie, que bientôt nous plongerions d'un coup dans l'hiver.


Bon, je ne vais pas faire une liste, des images, véritables tics d'écriture de P. Claudel. En effet, la chaleur de l'été est régulièrement comparée à celle d'un four, la foule à un cour d'eau et bien d 'autres curiosités du genre :
Les sentiers sont comme les hommes, ils meurent aussi.(p 212)

Ses yeux semblaient être des papillons...(p212)


...ses cheveux flottaient dans l'air comme des flammes brunes et froides.(p 215)


À la fin du roman, on peut se demander si P. Claudel fait preuve de lucidité quant à son écriture car à travers un de ses personnages, le Maire, il dit : (p 392)
"Tu écris bien Brodeck, nous ne nous sommes pas trompés en te choisisssant, et tu aimes les images, un peu trop peut-être, mais enfin..."


Mais enfin... ça m'a profondément agacée son style Gothique Charpenté !

10.01.2008

Pessoa, un singulier regard

0c22bb4565b1cca8f072d90f0d632f21.jpg Dans ce livre, sont rassemblés les écrits de jeunesse de l'écrivain portugais, un auto-portrait de l'adolescent en pleine construction de sa personnalité et de l'oeuvre à venir. En voici deux extraits :

LETTRE AU CURÉ DE SA PAROISSE (1906?1907?)
Je m'adresse à vous pour vous poser une question qui n'est peut-être pas des plus agréables, mais qui malgré tout m'oblige à une démarche nécessaire réclamée par ma conscience.
J'ai été baptisé dans cette paroisse - dans cette église- le(...) juillet 1888 ; ma date de naissance est le 13 juin de la même année.
Or le baptême suppose, me semble-t-il, l'intégration de la victime au sein de l'Église catholique, et oblige l'individu, alors qu'il est encore un être irrationnel, à faire partie d'une association par trop humaine, et dont les théories ne rencontrent peut-être pas l'accord de cet homme parvenu à l'âge viril.
Voilà donc ce qui m'est arrivé : l'Église catholique, puissante autant que stupide, irrationnelle et décrépite, soutenant la vieille hypothèse d'un Dieu créateur, suprêmement stupide et suprêmement mauvais à en juger par (...)

La lettre s'arrête là. On aurait bien aimé connaître la suite ! Lorsqu'on veut faire des démarches pour se faire débaptiser on trouve sur internet un certain nombre de modèles de lettres à adresser à sa paroisse. Je regrette de ne pas avoir eu connaissance de la lettre de Pessoa à l'époque où j'ai fait cette démarche, il m'aurait bien plu de l'utiliser en modifiant, bien sûr quelques passages comme l'âge viril, par exemple et de la terminer à ma façon.
Dans un autre texte où il endosse l'hétéronyme de Anon :
EXCOMMUNION
Moi, Charles Robert Anon, être, animal, mammifère, tétrapode, primate, placentaire, singe, catharinien (...), homme; âge : dix-huit ans, célibataire (sauf de temps à autre), mégalomane, avec des traces de dipsomanie, dégénéré supérieur, poète avec des prétentions à l'humour, citoyen du monde, philosophe idéaliste, etc.(pour éviter du travail au lecteur),
au nom de la VÉRITÉ, de la SCIENCE et de la PHILOSOPHIE, et sans clochette, livre ou cierge, mais avec plume, encre et papier,
Je profère une sentence d'excommunion contre tous les prêtres et tous les sectateurs de toutes les religions du monde.

Excommunicabo vos.
Soyez tous maudits.
Ainsi soit-il
Raison, Vérité, Vertu pour C.R.A.

24.12.2007

conte de Noël

Il est un conte qu'il faut lire à Noël mais aussi tout le reste de l'année, c'est Le vaillant petit tailleur d'Éric Chevillard.52dfbd67862d4b08b5b4b5d5dd8cdcae.jpg Voici ce qu'il dit à propos de la licorne :

Le cheval est un animal fabuleux dont certains maquignons sans scrupules parviennent à accréditer l'existence auprès des esprits crédules en coupant au ras du front les cornes de leurs licornes - lesquelles cornes étant indestructibles et difficiles à cacher, ils on beau jeu de les faire passer pour les dents de narval.
cc87b5d085021de6f6f05544c441ab05.jpg

Lequel narval est un animal fabuleux dont certains ichtyologistes sans scrupules parviennent à accréditer l'existence auprès des esprits crédules en coupant au ras du front les cornes de leurs licornes - lesquels - les licornes ensuite ils ont beau jeu de les faire passer pour des chevaux.

Et voici que Chevillard en appelle aux ichtyologistes ou ichtyologues ! Pour un peu, il eût recours aux malacologues ou malacologistes. Faudrait-il que je pose aussi la question : "Comment devenir ichtyologues ?" Je vais y réfléchir.
Pour continuer avec les licornes, Chevillard écrit :
La licorne fut créée pour permettre aux preux chevaliers de se combattre en tournoi singulier les mains dans les poches.

Je dois dire que, depuis que j'ai lu ces lignes, je ne peux plus croiser une licorne sans avoir un sourire moqueur au coin des lèvres.
Encore quelques mots ?
La licorne est en réalité un hippopotame travesti, mais son déguisement est si grossier que ce farceur n'a réussi à nous convaincre que de l'existence du rhinocéros.

07.12.2007

Que font les cigales l'hiver ?

b779be8b121694c81e0245d87b1ae206.jpg

Les cigales. Les cigales sont très bien et je ne sais pas qui a dit un jour le contraire, je ne sais plus qui s'est mis dans la tête qu'il fallait qu'elles changent. Belle sottise ! Ce sont les fourmis qui devraient changer, parce que les pauvres, elles sont au-delà de la sottise. Dire qu'une cigale doit travailler est une sottise qu'on a répéte pendant des siècles. Oui, les fourmis devraient être des cigales, l'oisiveté leur réussirait à merveille, aucune fourmi ne devrait se priver d'une aussi merveilleuse sensations que celle de savoir dire non, d'envoyer une fois pour toute aux enfer son insupportable et assommant nid de labeur.


Un extrait de Enfants sans enfants de Enrique Vila-Matas.

Ce texte n'est pas trop dans l'air du temps et c'est pour ça qu'il me plaît.

Toutes les notes