02.03.2008

Rêver

fernamdo+pessoa+no+martinho+da+arcada

"Rêver, voilà qui répugne aux gens d'action, et pourtant ce sont eux qui ont tort. On n'a jamais tort si l'on n'agit pas. Les édifices qu'on ne construit pas ne tombent jamais en ruine."

Fernando Pessoa (Un singulier regard)

02.09.2007

Petit poème de Joyce Mansour

6f00b316d71bd816500a0a4cb5d8cdea.jpgAtypiques par rapport à l'ensemble de sa poésie, j'ai noté ces quelques vers de la Surréaliste :

Indécents les indifférents les béni-oui-oui les staliniens
Indécents les fascinés de l'Ordre
Les porteurs de matraque et de goupillon
Indécent le pas cadencé
La peine capitale la prison préventive
Indécents les asiles
Obscène la torture
Indécente la force armée
Qui se déploie sur les pavés de la ville en fête
Indécente l'acné rouge de la boutonnière
Tout est légion sauf l'honneur.

15.07.2007

La Reine des Aulnes

Un peu de poésie...
Un poème envoyé de Saorge par Sylvie Durbec.

La Reine des Aulnes

Mais qui est donc ton monsieur
Peut-être aurait-il fallu
avoir un seul père
une seule date de naissance
pour répondre à cette question

Tu nous as parlé de lignes
et de traversées et j’ai senti
se croiser sur ma poitrine
des fils et des lacets
des cordes aussi
mais dénouées par ta poésie

Et par la porte entrouverte
tu nous donnes l’entrée
dans les lignes blanches et noires
sur lesquelles nous irons danser.


SD
Ce poème est dédié à Denis Hirson et Adine Sagalyn.
Denis Hirson vient de publier Jardiner dans le noir.

25.06.2007

Soirée "René Char" au le Ciné-club

Je vais faire de la publicité pour le ciné-club de ma bourgade qui a suivi son idée de commémorer à sa façon le centenaire de René Char. J'en avais parlé dans un article datant du mois de mai. Les pistes n'étaient pas encore très claires, mais les choses ont rapidement avancé.
Donc jeudi 28 juin, au cinéma Rivoli, sera projeté le film de Jean-Pierre Melville, d'après le roman de Joseph Kessel, L'armée des Ombres.

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Claude Lapeyre, avant la projection parlera de l'homme, du poète, d son engagement. Quelques extraits des Feuillets d'Hypnos seront lus, pour illustrer son propos. Dans le Hors-série de Télérama sur René Char, on dit ceci de lui :
« Lorsque Claude Lapeyre lut pour la première fois la poésie de René Char, il ressentit comme un gifle au sommet du Ventoux. Alors, en voisin, il s’en alla un jour taper à la porte de ce colosse qui n’avait pas toujours la réputation d’un commode. « J’avais préparé des phrases que je n’ai jamais dites. Plus tard, il m’a raccompagné au bout du chemin, m’a proposé une promenade pour le mercredi suivant. Une promenade qui a duré vingt-cinq ans. Et pour moi, elle continue toujours. » En 1977, René Char a dédié à cet ami des longues marches entre Ventoux et Alpilles, « Les chants de Balandrane »….

Bon, j'ai fait la pub ! En plus, ce n'est pas cher : 4,50€ pour les membres du ciné-club et 5,50€ pour les autres. Alors, à jeudi !

23.06.2007

L'aubergine et les gisants satisfaits

Hier, je montrais la trouvaille faite sur le marché, mais, dans un genre différent, il m'avait été donné la chance d'en faire une autre. Chez le bouquiniste, en effet, il y avait ce livre de Joyce Mansour, édité chez Jean-Jacques Pauvert en 1958.

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Une merveille, d'abord en tant qu'objet.
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Sur les pages courent de empreintes jaunes d'après un dessin de Max Walter Svanberg.
Outre l'aspect, il y a bien sûr le texte. Les gisants satisfaits commence ainsi :
Au début, quand Dieu habitait un trou dans la terre et que son frère jumeau dormait au ciel, que l'univers était sans forme et vide, seuls quelques restes d'humanité vivaient au fond des profondeurs brouillées par la pensée créatrice, dans un hôtel de Nord-Africains avec vue sur la mer.

Marie avala ses lèvres et cessa de mobiliser les astuces de son sexe pour observer la rue. Elle passait sa vie accoudée au balcon entre son grand-père Jérémie et sa soeur Anne qui était aussi incohérente qu'un poisson dans un bocal et aussi provocante. Prisonnière de sa longue attente, Marie ne parlait guère ; sa bouche cousue de fils blancs souriait au monde et le monde tendait avidement son cou pour mieux la surveiller. Elle était plus fascinante qu'une morte pour les voisins.


On a envie de connaître la suite...

Encore un extrait, tellement cette langue est magnifique :

Elle gronda le perroquet qui s'épuisait dans une très mauvaise imitation de cheval au galop. Puis elle s'assit et laissa courir ses yeux bleus autour de la pièce. C'était une chambre pauvrement vêtue de souvenirs délabrés, les meubles entraient dans des états seconds quand on coupait le gaz et les murs lézardés souriaient de plus belle chaque fois que la porte se fermait bruyament.

J'oubliais : ce livre est dédié à André Breton.

18.06.2007

cherchons dans les draps défaits

La poésie se fait dans un lit comme l'amour
Ses draps défaits sont l'aurore des choses
La poésie se fait dans les bois
Elle a l'espace qu'il lui faut

Pas celui-ci mais l'autre que conditionnent
L'oeil du milan
La rosée sur une prèle

Les souvenirs d'une bouteille de Traminer embuée sur un
plateau d'argent
Une haute verge de tourmaline sur la mer
Et la route de l'aventure mentale
Qui monte à pic
....
L'acte d'amour et l'acte de poésie
sont incompatibles avec la lecture du journal à haute voix
...
L'étreinte poétique comme l'étreinte des chairs
tant qu'elle dure défend toute échappée
sur les misères du monde.


395982aa1b1268b9909c895c851fdf48.jpgVoici un extrait de ce poème de Breton "Sur la route de San Romano" que vous pouvez entendre, intégralement lu par l'auteur, ici. C'est étonnant cette façon très classique de dire ses textes, solennelle. Ça rappelle les enregistrement d'Appolinaire, c'est le même ton.

Après avoir cherché la poésie dans l'herbe et n'y avoir trouvé qu'un gros rat, je la cherche, à présent, dans les draps défaits...

11.06.2007

Cherchons dans l'herbe

"La poésie sera toujours dans l'herbe, il sera nécessaire de s'incliner pour l'apercevoir, elle sera toujours trop simple pour qu'on la discute dans les assemblées ; elle restera pour toujours la fonction organique d'un être heureux, regorgeant de toute la félicité du langage, crispée dans le coeur natal toujours lourd de sa charge."
Boris Pasternak . Congrés des écrivains (1935)
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Dans l'herbe, voici ce que j'ai trouvé. Poésie ?

10.05.2007

Gentils coquelicots

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Le peuple des près m'enchante. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l'herbe, l'orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l'ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par de grandes étendues vertes, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles...
Prairies, vous êtes le boîtier du jour.

René Char. Les feuillets d'Hypnos.
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Ces photos ont été prises hier soir à l'Isle/Sorgue, quartier Saint Antoine.
L'éphémère temps des coquelicots mérite qu'on le fige en prenant en photo les champs qui sont sous nos yeux. Si, vous aussi, vous faites la même chose envoyez-moi vos photos que je publierai sur le blog. Vite, vite, ça ne dure pas.

06.05.2007

Coup de fil

Aujourd'hui, 6 mai à 18h10, j'ai reçu un coup de fil. À sa suite, j'ai eu envie de lire de la poésie, Char en particulier. Les Feuillets d'Hypnos étaient à portée de main...

Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l'austère nuit des marais s'appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d'amour toute la fatalité de l'univers.


Nous devons surmonter notre rage et notre dégoût, nous devons les faire partager, afin d'élever et d'élargir notre action comme notre moral.


L'acquiescement éclaire le visage. Le refus lui donne la beauté.


Face à tout, À TOUT CELA, un colt, promesse de soleil levant !

02.05.2007

Hors série René Char

Ce matin, surprise par l'averse, je me suis réfugiée à la Maison de la Presse et suis tombée sur un hors série de Télérama consacré à René Char. Et vous me connaissez, je ne suis pas du genre à faire des compliments à Télérama ! Pourtant je vais faire une exception, cette fois-ci.

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D'abord, la couverture : il s'agit d'un très beau portrait du poète par François Roca et le choix de la typographie, que l'on retrouve aussi au fil des pages, un clin d'oeil certainement à son épisode surréaliste. Ce cahier est très bien documenté et de nombreuses photographiques viennent l'illustrer. Le poète est abordé par les différents aspects de sa vie et de son oeuvre. Le surréalisme, le maquis, les présocratiques, l'amitié avec Camus, l'éditeur Pierre André Benoît, le peintres etc... Je voudrais faire une mension spéciale à ce chapitre appelé : Les Transparents. Ces transparents sont ces hommes et femmes qui l'ont accompagné dans de longues promenades dans le beau pays (où j'ai la chance de vivre) et qui, en quelque sorte, lui ont appris à écouter et regarder la nature. Parmi eux, il y a Claude Lapeyre, cet homme discret qui a arpenté les chemins avec le poète, en témoigne avec modestie, ne se veut pas un spécialiste, mais un ami, simplement. C'est à lui que furent dédiés "les Chants de Balandrane. C'est Claude Lapeyre qui, le 7 juin prochain, nous parlera, lors d'une soirée du ciné-club, de René Char, le combattant de la liberté.
C'est bien gentil de parler d'un poète mais le mieux encore, c'est sa poèsie. Présent dans ce dossier, je propose La complainte du Lézard amoureux et faire ainsi un clin d'oeil à une excellente librairie de Cavaillon.

N'égraine pas le tournesol,
Tes cyprès auraient de la peine;
Chardonneret reprends ton vol
Et reviens à ton nid de laine.

Quand l'homme gronde, cache-toi;
Le tournesol est son complice
Seules les herbes sont pour toi,
Les herbes des champs qui se plissent.

Le serpent ne te connais pas,
Et la sauterelle est bougonne;
La taupe, elle n'y voit pas;
Là, tu n'as à craindre personne.

Les chats de ce pays sont sûrs;
Ecoute, je suis bon prophète;
Je vois tout de mon petit mur,
Même tituber la chouette !

Il est midi chardonneret;
Le séneçon est là qui brille;
Préfère-le aux noirs cyprès,
A la semence des charmilles.

Qui mieux qu'un lézard amoureux,
Peut dire les secrets terrestres?
O léger gentil roi des cieux,
Le tournesol n'est plus ton maître.

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