22.07.2007
Olivier Cadiot et son nid
À Avignon, durant le Festival, entre les grandes colères et les grands enthousiasmes, il existe des moments délicieux comme celui vécu, hier. En effet, je suis allée écouter une lecture apéritive (sur les coups de onze heures) dans la cour du Musée Calvet. C'était Olivier Cadiot qui lisait des extraits de son roman paru chez POL : Un nid pour quoi faire. Nous nous sommes vraiment beaucoup amusés avec ce récit épique, son roi de station de ski, des putchistes en sommeil... L'auteur-lecteur se laissait emporter par son texte et le jouait plutôt que le lisait. Un verre de rosé frais en alternance avec de l'eau lui humidifiait le gosier, régulièrement. C'est ce qu'on appelle une lecture apéritive.
J'aime bien ces moments que le Festival d'Avignon peut offrir, aussi.
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18.07.2007
Les feuillets d'Hypnos
Dans la programmation du Festival d'Avignon, sans hésiter, j'avais choisi Les feuillets d'Hypnos mis en scène par Frédéric Fisbach dans la Cour d'Honneur. Pourquoi ? Parce que c'était Char et que c'était la Cour d'Honneur, mais il est difficile de dire ce que j'en attendais. En tout cas, pas ce que j'ai vu hier soir.
D'abord, parlons du décor : cinq chambres et une cuisine équipée, une salle de bain. On se croyait dans une émission télévisée du genre Loft Story ou apparentée. Entre deux Feuillets, un acteur ouvre le réfrigérateur et mange un yaourt ou se sert un verre. Mieux que dans Loft Story, les acteurs, quand ils prennent une douche, sont visibles du public. Même les caméras vicieuses de TF1 ou M6 n'avaient pas osé aller jusque là ! La seule différence est dans le fait qu'on ne nous fournit pas de numéro de téléphone surtaxé pour virer un des protagonistes comme dans le jeu à la télé. D'ailleurs, à l'inverse, c'est le public qui s'en va. Dès le feuillet n°50, l'hémorragie a commencée avec des spectateurs plus ou moins bruyants qui montraient leur désaccord en faisant claquer les chaussures sur les structures des gradins. Je ne vais pas revenir sur l'interprétation souvent loufoque des feuillets par les acteurs avec des cris d'animaux, des bégaiements et autre fantaisies agaçantes au plus haut point. Une jeune fille en peignoir, douche oblige, se fait les ongles des pieds... Une autre, dès qu'elle parle du paysage, des oliviers, se croit obligée de prendre un pseudo accent du midi, comme si elle faisait de la pub pour l'Office de Tourisme de Céreste. Un autre surveille la cuisson et on s'attend à tout moment à assister sur scène à une pasta-partie. Bref, tout cela est énervant au plus haut point, jusqu'au moment où au feuillet 137, les amateurs, cent six, qui avaient pris place sur les gradins parmi le public, se lèvent et envahissent la scène. Par leur nombre, ils masquent le décor et ensuite, celui-ci sera voilé par de la fumée, ce qui est bénéfique pour la mise en scène. Les amateurs égrènent, à leur tour les feuillets, avec beaucoup de sincérité et à ce moment-là on entre vraiment dans le texte. Enfin, un peu d'émotion se dégage de ce spectacle.
Je me demandais ce que j'attendais en choisissant d'aller voir "Les feuillets". Pour le metteur en scène, le pari était difficile. Il est, à mon avis, complètement raté. La poésie doit-elle mise en scène au risque de lui enlever une partie de sa signification ?
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14.07.2007
Les marchands dans la cour du Musée Calvet
Frustrée d'être derrière mon poste de radio, hier, j'ai décidée d'être dans le poste, pour une fois. Enfin, c'est une façon de parler car aucun auditeur ne se rendra compte que je faisais partie des applaudisseurs quand il écoutera cette dramatique sur France Culture .
Donc, je me suis rendue au Musée Calvet pour écouter une lecture d'un texte de Joël Pommerat, Les Marchands.
C'est Fanny Contençon qui lisait, une voix très sincère, nous entraînant ans cette histoire, qui je dois l'avouer, pendant les vingt premières minutes, m'était parue légèrement ennuyeuse. Il était question d'une femme qui avait acheté un appartement et qui était surendettée. Puis, la banalité s'étoffe et on est entraîné dans un engrenage sordide, cynique reflet de notre société. Une usine d'armement est l'employeur principal d'une région. Menacée de fermeture, l'usine trouve une seconde vie grâce à une guerre bienvenue. Un superbe passage sur le travail, mot à la mode en ce moment, qui aurait pu être prononcé par notre Ministre des Finances. Tous ces êtres conditionnés aux vertus du travail ne vivent qu'en fonction de l'usine et se félicitent des premiers bombardements, nécessaires, malgré tout, à leur économie. On vit en équilibre dans un monde désiquilibré.
Joël Pommerat était dans l'assemblée et est venu saluer à la fin de la lecture.
Que dire de plus à propos de ce moment délicieux ? Que les cigales se sont tues assez tôt, qu'on nous avait distribué un éventail aux couleurs de France Cul et qu'on n'a pas eu à l'utiliser car une brise légère soufflait.
Et aussi, de se dire que c'est agréable de se sentir dans le poste !
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12.05.2007
Le Festival d'Avignon s'approche
Un moment que je ne rate jamais, c’est la présentation du prochain Festival d’Avignon à la Scène Nationale de Cavaillon. Les autres années, nous avions Vincent Baudrillet pour nous décortiquer le programme. Cette fois-ci, ce fut Hortense Archambault qui se colla à l’exercice. Passionnée et modeste, elle défendit chacune des 95 pages du programme. Le choix est difficile et pourtant, il faut choisir (rapidement) pour avoir les places désirées au tarif réduit. Privilège non négligeable. Alors, j’ai coché un certain nombre de spectacles. Comme d’habitude, même à tarif réduit, l’addition est salée, le temps manque aussi, on est obligés d’éliminer. D’emblée, j‘élimine le spectacle qui sera présenté lors de la prochaine saison à Cavaillon. Ce qui me tente, d’une part, parce que c’est mis en scène par Frédéric Fisbach qui est l’artiste invité de l’année, et parce qu’il met en scène des Feuillets d’Hypnos de René Char, centenaire oblige, j’ai coché a priori ce spectacle. Ce qui est intéressant, c’est que dans cette création des amateurs sont mis à contribution. Ils préparent déjà le spectacle. Une de mes amies en fait partie. J’ai voulu en savoir plus en l’interrogeant mais le metteur en scène leur a intimé de garder le secret. Après deux verres de vin blanc ( vin de Lumière – Luberon = excellent) elle m’a avoué qu’elle n’en savait pas beaucoup plus car ils cherchaient et pour l’instant ne savaient pas vraiment où ils allaient. Quoi qu’il en soit j’irai…
Novarina sera très présent lors de ce 61ème Festival. Je choisirai plutôt le spectacle à la Chartreuse : AJOUR. On en est à choisir en fonction de l'horaire et du lieu !
Puis, il y a Frank Carstorf de la Volksbühne qui monte un texte de Céline, Norden qui parle de la chute du Reich. Pièce en allemand, langue que j'affectionne particulièrement. Et puis, il y a Mnouchkine; Le premier spectacle que j'ai vu d'elle, c'est en 1982, Richard II dans la cour d'Honneur. Cette année, Les Éphémères, 8 h de représentation, entr'actes comprises. En 2003, j'avais ma place et tout est tombé à l'eau. Cette année, que va-t-il se passer ? Annuler un Festival, n'a eu aucune influence sur les "vendus" qui ont sabordé le statut des intermittents du spectacle.
Bon, il y a plein d'autres choses à voir. Mais comme je ne suis pas comme ces critiques théâtraux, et notamment ceux qui fréquentent le masque et la plume, qui quittent un spectacle bruyamment ou carrément boycottent un festival entier pour montrer leur désapprobation, je paie mes places ! Et ça réduit considérablement mes envies.
Il y a pas mal de choses gratuites qu'il ne faut pas rater : Quartett de Heiner Müller dans la cour d'Honneur par Jeanne Moreau et Samy Frey. Une seule représentation, reservations le matin même etc... En fait, il s'agit d'une lecture qui sera retransmise sur France Culture. La voix de ces deux acteurs suffira à mon bonheur, donc j'écouterai à la radio ou je podcasterai .
En Arts Palstiques, c'est le bonheur avec deux expositions d'Agnès Varda. La première, il s'agit de l'hommage aux justes de France qui avait été présentée au Panthéon. La seconde, Je me souviens de Vilar en Avignon où elle a présenté les photos qu'elle a prises dès le second festival en 1948. Une joie, vraiment, pour moi de voir un peu de Varda (dont je me fait des injections DVD régulièrement... Quand on aime...)
Payant, cette fois-ci, à la fondation Lambert, une exposition Cy Trombly (j'aime) et aussi Andrès Serrano (j'ai beaucoup aimé sa dernière expo) qui a photographié les sociétaires de la Comédie Française. Et à Campredon, à l'Isle/Sorgue, une exposition des artistes qui ont cotoyé Char et des manuscrits.
Il y a plein d'autres choses. Trop en même temps.
Le Cirque Moralès revient sur la Barthelasse. en 2003, ils avaient monté et démonté le chapiteau, c'est tout. Quelqu'un de la troupe distribuait des invitations en souhaitant réussir le Festival 2007.
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20.07.2006
La pluie d'été n'est pas venue
Le marathon du Festival d'Avignon continue. Hier soir, au programme, il y avait La pluie d'été à Hiroshima d'après Margueritte Duras, mise en scène par Éric Vigner. C'était au cloître des Carmes. Cet endroit est superbe. C'est le lieu où se produit le Tremplin jazz début août. D'abord, on est surpris en entrant car nos bonnes habitudes sont perurbées. De coutume, la scène est d'un côté contre les arches du cloître et les gradins de l'autre. Que nenni ! Éric Vigner a choisi de disposer la scène au milieu et les gradins de part et d'autres. D'ailleurs, ceux-ci étant très peu élevés on se retrouve à la hauteur des acteurs. Cela crée une proximité qui n'est pas désagréable. La scène est couverte d'un graphisme multicolore et trouée d'espèces de virgules dans lesquelles les acteurs apparaissent et disparaissent. Des pommes de terres argentées sont disposées ça et là sur la scène. C'est beau. Mais peut-être trop beau. Les acteurs sont très bons, j'aime beaucoup le texte de la pluis d'été, le décor est une oeuvre en soi, mais le mélange ne se fait pas. Pas d'émotion. Je me souviens d'avoir écouté le même texte lu par La Compagnie des Autres, sans mise en scène. Les personnages m'avaient paru plus vrais.
La deuxième partie, c'était Hiroshima mon amour. Toujours la même scène, superbe. Des panneaux transparent "japonisent" l'endroit. La voix off est celle du film. Deux acteurs se meuvent sur la scène pendant que la bande son passe et que les lumières créent l'atmosphère. Froid, très froid.
Décevante représentation de Duras emberlificotée dans un esthétisme excessif. En sortant, vers minuit les rues étaient encore chaudes. Les murs irradiaient les calories accumulées tout au long de la journée et les cigales osaient encore chanter. On aurait espéré une pluie d'été.
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19.07.2006
Racconti di giugno (Récits de juin)
Hier, c'était à 19h dans la cour du musée Calvet que nous avions rendez-vous avec le Festival, plus particulièrement avec Pippo Delbono. Seul en scène, avec pour seul décor une table, une chaise et des notes sur des feuilles de papier, sans oublier la bouteille d'eau, le metteur en scène italien proposait ce qu'ils ont appelé dans le programme, une conférence-spectacle. Pas beau le choix de ce terme. Dans les récits de juin, il se raconte, il raconte sa vie, il se livre entièrement aux spectateurs. D'abord, pourquoi le choix du mois de juin ? Simplement parce que les événements importants de sa vie se sont passés à ce moment-là, à commencer par sa naissance. Il se raconte en interrompant son récit de scènes beaucoup plus théâtrales où de la poésie en italien scande les grands moments de souffrance de sa vie. Il danse aussi. Une danse bien particulière maladroite et sincère. Il s'exprime en français lors des passages de narration, un français très imagé, très riche même s'il fait semblant parfois de demander la traduction au plublic d'un mot qu'il aurait oublié. Il utilise pluseurs fois le néologisme "escaper" inventé à partir de l'italien "scapare". Est-ce volontaire ?
Avec beaucoup de talent, il alterne les moments tragiques avec d'autres plus légers, humouristiques pour certains, afin de ne jamais sombrer dans le pathos.
D'entrée, il décrit sa famille comme très catholique " depuis plus de 2000 ans !" comme il le dit et avec laquelle il est obligé de rompre pour ne pas mourir. À la fin de la pièce, il nous dit : "Ne répétez pas ce que je viens de vous raconter car il ne faut pas que ma mère sache que je suis homosexuel, séropositif et boudhiste." Cette boutade pour dire combien pour cet homme de théâtre, il est plus facile de se confier à son public qu'à ses proches.
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16.07.2006
Bien des choses
L'invité d'honneur du Festival d'Avignon n'est pas Josef Nadj mais la pluie. Pour la troisième soirée consécutive, elle s'invite en fin de journée et sème la pagaille. Les spectacles en plein air sont annulés et les festivaliers font la queue à la FNAC pour se faire remboursés, dépités. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu un phénomène pluvieux aussi répétitif en été. On est plutôt habitués à des soirées perturbées par le Mistral. Si on a des considérations agricoles plutôt que culturelles on ne peut que se réjouir de cette pluie quotidienne.
C'est donc trempée pour avoir couru dans les rues d'Avignon que je suis arrivée à la librairie l'Eau vive (nom de circonstance) pour assister à la lecture d'extraits d'une pièce pour jeune public, écrite par Sylvie Durbec : Nous on sème jouée en ce moment dans le Off. Cette pièce a été éditée par Les Éditions du Bonhomme Vert. On peut voir sur la photo Sylvie Durbec et l'illustratrice de l'album dont j'ai oublié le nom... Elle m'excusera ? Ses illustrations sont de très beaux collages.
Ensuite, nous sommes allés voir Bien des Choses, un spectacle écrit et mis en scène par François Morel et interprété par François Morel et Olivier Saladin.
À la définition : période des amours, en trois lettres, j'avais mis "été" et en pleine nuit, mon mari s'est réveillé en criant "rut, rut, rut !" Je me suis aperçue que je m'étais trompée.
Il y a un passage consacré à Avignon et son festival qui ne sera peut-être pas présent lorsque la pièce sera tournée plus tard. C'est un passage délicieux et ironique où entre autres, Bartabas se fait égratigner (Je n'ai pas pu m'empêcher d'applaudir, et je n'étais pas la seule, tant le personnage est irritant !).
Ces deux couples voyagent mais ne ramènent rien, sinon des souvenirs achetés dans des magasins pour touristes. Quand ils vont rentrer chez eux, le quotidien reprendra comme avant.
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14.07.2006
Copi au Festival d'Avignon
Hier soir, première soirée Festival en ce qui me concerne. Nous avions choisi les pièces de Copi Les poulets n'ont pas de chaise et Loretta Strong présentées dans la cour du Lycée Mistral. Le temps de faire la queue pour s'engouffrer sous le chapiteau installé pour l'occasion, on plonge en direct dans le monde des festivaliers, qu'ici on appellerait plus rapidement des parisiens. J'ai saisi des conversations au hasard. Un groupe faisait le bilan de ce que chacun d'eux avait fait. Rien que de les écouter j'étais fatiguée : Programme du in et du off à fond + expositions à Arles (rencontres photographiques) à Aix (Cézanne). Quand on sait la chaleur qui règne en ce moment, je m'inquiète vraiment pour leur santé. Un d'entre eux a eu la bonne idée de leur proposer de les emmener faire un saut jusqu'à Saint Paul de Vence à la Fondation Maeght. Rien que ça ! À ce rythme-là , on les hospitalise dans moins de trois jours ! Une autre prenait des airs outrés pour raconter son Festival : "Ils ont annulé Nadj (prononcer Nââââââdj) à cause de la pluie" Elle a répété cette phrase au moins 50 fois. Et oui, il pleut tous le soirs et on ne va pas s'en plaindre ! Mais, elle n'avait l'air de ne pas comprendre pourquoi il pleuvait à l'heure des spectacles, et dans la cour d'Honneur en plus !
Je ne suis pas là pour décrire les spectateurs mais, j'aurais bien du mal à parler du spectacle, tant il est ennuyeux. Texte tout à fait décousu (sans jeu de mots), acteurs poussifs, mise en scène où l'abus de vidéo et textes à lire anéantit le rythme. Résultat = Applaudissements très contenus.
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